"Sometimes, light hides more things than it shows"

Vidéo : exposition personnelle à la galerie Terremer, Lyon 2017

Exposition personnelle à la Cité du Temps, Genève

Nouvelle vie, nouvel atelier au Domaine de Duby !

Pour vivre en plus adéquation avec mes valeurs, pour passer du discours à l’action, j’ai choisi un changement de vie assez radical. Je pars vivre à la campagne, en petite communauté de deux familles. L’idée est d’ouvrir un lieu évènementiel : le Domaine de Duby, qui sera spécialisé dans l’accueil de Mariages et de Séminaires d’entreprises. A côté de ça, j’ai pour projet un grand jardin / potager / verger en permaculture. Vous pourrez en savoir plus sur cette aventure en suivant le « Journal de Duby ». Bien sur, la peinture continuera d’occuper une très grande place dans ma vie et ce lieu me permettra d’avoir un très bel atelier, et d’organiser des évènements culturels comme des expositions ou des workshop d’artistes. A suivre !

L’Exégète – poème

L’Exégète

Au tréfonds sans issue à la geôle pareil,
Emmuré parmi l’or avachi des poussières,
Un tombeau de bouquins empile ses paupières
Sous le halo fané d’un néon sans sommeil.

En ce havre muet taillé pour le recueil
À même la paroi d’un silence de pierre,
Un sage, lentement, distille sa lumière
En versant l’infini du Grand Livre à son œil.

Puis, ivre de miroirs où divaguent ses ombres
Qu’il croit celles d’un ange assemblant les décombres
Du Poème Divin à son vieux cœur d’enfant,

Le reclus effaré consigne ses mirages ;
Lui, le fou qui se voit collecteur de messages,
Mais qui n’est rien, sinon, qu’un buveur de néant.

Jean Nascien

inspiré de la photo « Impasse de la connaissance »

Matheo de Bruvisso_Impasse de la connaissance

Orietur – poème

Orietur

Sous la coupole ignée
D’un mont en lactation
Une substance rêve
Bain d’or noir en fusion
Qu’une force soulève
D’un élan magnétique

Des tréfonds autochtones
Monte un sang mordoré
Lourd d’un poison vital
Dans un oraculaire
Long vaisseau de cristal
À la valse hypnotique

Il déploie dans le jour
Ses ailes dédorées
Par l’hiver et le givre
Sa ramure s’écaille
Et ses voiles s’ajourent
Aux rayons du réel

Dans sa course immobile
À l’assaut vain du ciel
Un monstre se délivre
À ses pieds de poussière
Gît dans une futaille
L’avorton qui veut vivre

Matheo de Bruvisso & Jean Nascien

 

Jean Nascien vit et travaille à Tokyo en tant que professeur de français. Ce nom est un pseudonyme.

J’ai rencontré Jean sur le site Short Edition sur lequel nous publions tous deux nos poèmes. Son style m’a tout de suite subjugué, une grande poésie se dégage des mots qu’il choisit et de leur agencement. Après avoir écrit ensemble ce poème, je crois devoir reconnaître qu’il aura désormais une influence sur mes propres textes. Merci Jean !

Exposition Juin 2017 – galerie TERREMER à Lyon

AMOR FATI, poème

AMOR FATI

Le sceptique s’enchaîne à trop de probité !
L’érudit malheureux du savoir est esclave !
Que le rêve est léger, que la science est grave !
Que le mensonge est beau face à la vérité !

Si le rêveur fait voile en vaisseau de beauté,
Le savant s’en délecte en fouillant son épave ;
Entre eux deux le poète est debout sur l’étrave
Qui montre à l’horizon d’un doigt la liberté.

Il faut les refermer quand les livres sont lus
Et ne pas s’inquiéter de ce qu’on ne sait plus ;
La sagesse a le goût de candeur enfantine !

La lumière est en ceux que les nuages baignent
Qui ne s’inquiètent pas de ce que les cœurs saignent,
Ils ont AMOR FATI gravé sur la poitrine.

Astres des profondeurs – Poème, à Alexandre Jardin

Astres des profondeurs
à Alexandre Jardin

Au fond des océans les monstres de lumière
Sont la seule pléiade à sublimer la nuit ;
L’intrigante couleur d’un filament qui luit,
Le ballet ancestral de la clarté première,

Brillent pour oublier qu’ici l’abîme entière
Porte en son fin sillage un passé qui la suit,
Un souvenir hurlant qui rôde sans un bruit
Pareil au vent glacé qui chante au cimetière.

Mais de ces profondeurs où git l’atrocité
Montent des spectres fous chassant l’obscurité ;
Par leur valse légère aux couleurs boréales,

Ces êtres affolants, ces fantômes joyeux,
Font danser la surface en reflets mystérieux
Dévoilant à nos yeux leurs beautés abyssales.

Délitement d’innocence – Poème

Délitement d’innocence
 
Courbés en angles droits les dos
Sont des fardeaux tordus, fragiles,
Figés tels que sont des fossiles,
Cagneux comme étaient les dodos ;
 
Ce sont des carniers biscornus
Hantés par des oiseaux de chasse
Dont le maigre bâton dépasse
Ainsi que leurs deux membres nus.
 
Ces vieux, qu’ils me semblaient bizarres !
Enfant, à travers leurs escarres
Je ne voyais que mes bobos,
 
Au grand midi je doute encore,
Penché dessus les lavabos,
Du moi que le miroir ignore.

Pourquoi j’ai (presque) arrêté de le design.

Pour participer à la vie des Designers Lyonnais, je viens de poster un texte sur ma vision du rôle du designer sur un site où nous échangeons entre professionnels. L’accès à ce site étant réservé à ses membres, je partage ici mon article en accès libre :

Pourquoi j’ai (presque) arrêté le design.

Quand je suis entré à Strate College Designers pour y apprendre le métier de designer produit, c’était en idéaliste, avec l’espoir de changer le monde à mon échelle, en créant des objets plus beaux mais surtout plus intelligents, qui faciliteraient la vie de chacun.

A force de travailler pour différentes entreprises, de TPE à de très grands groupes, j’ai vite constaté que le design n’était qu’au service du profit. Que la seule chose qu’on me demandait était de rendre les produits plus vendables, moins chers à produire, plus attirants pour le consommateur, etc. finalement du marketing par la forme. « La laideur se vend mal » disait Raymond Loewy, mais pour autant, le beau a t-il pour fonction première de vendre mieux ? Et l’intelligence créative n’est-elle qu’au service de l’argent dans une entreprise ?

La question qui se pose ici est en réalité à la fois très naïve et très ambitieuse. Car les réponses qui viennent sont de deux ordres : d’abord celles qui se résument à « le but d’une entreprise est de faire du profit », ensuite celles qui élargissent l’angle du vue à une nouvelle question : « travaillons nous pour que l’entreprise fasse du profit ou pour rendre le monde meilleur ? ». Cette seconde question ouvre à son tour la voie à de nouvelles conceptions de société, et n’est-ce pas le premier rôle du designer que de concevoir ? N’est-il pas l’un des mieux placés, parmi les philosophes et autres penseurs du monde, pour designer une nouvelle société dont le cœur serait autre chose que le profit mais le bien vivre ensemble ?

A l’évidence la conception d’objets et donc le design sont arrivés à un point crucial dans l’histoire de notre civilisation, nous savons tous que la course effréné à la production/consommation de masse nous conduit à notre perte. Autrement dit la priorité du designer devrait être de créer des objets durables, résilients ou parfaitement biodégradables, réparables, utiles, etc. Et en second lieu seulement rendre ces produits commercialement attirants et rentables. Le but de l’entreprise tel qu’on le conçoit encore aujourd’hui s’oppose à ces notions de bon sens puisque leur intérêt se situe toujours dans le vendre plus.

Récemment, j’ai refusé de travailler pour un groupe dont le nom commence par un N, à le suite d’une émission qui dénonçait la manière répugnante dont une de ses entreprise fabriquait du jambon et qui souhaitait redorer son image. Comment aurais-je pu concilier ma vision du monde avec mes actions si j’avais accepté ce travail ? Impossible ! Et comment aurais-je pu refuser si ma seule source de revenu avait été le design, alors que j’ai une famille à nourrir ? Impossible aussi ! J’ai donc décidé de m’y prendre autrement et d’arrêter l’activité (pourtant bien rentable) de designer freelance. Ou plutôt de la rendre secondaire. De ne faire du design que pour des projets dont l’éthique correspond à un futur possible, à un avenir meilleur. Et tant pis si je gagne moins bien ma vie, je m’y retrouve largement en ayant le sentiment de faire ma part dans ce grand chantier. Ce que je ne gagne pas en argent, directement, je le gagne à plus long terme en capitalisant sur une vie plus saine.

C’est nous designers, parmi les artistes et les philosophes qui avons pour mission de façonner le monde, de l’inventer, de le dessiner, de le rêver. Il est donc primordial que chacun soit en mesure de tenir tête à des commanditaires dont les intentions se limitent au profit. D’avoir assez de poids pour les aiguiller vers des solutions plus raisonnables. De refuser l’utilisation de certains matériaux. De prendre en compte les externalités négatives. Etc. Plus nous serons nombreux à refuser des projets sans éthique, plus nous pèserons dans la balance. De cette manière, on peut espérer que les produits phares du marché seront bientôt les mieux pensés selon nos valeurs, pas ceux qui détruisent la planète ou le lien social.