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Mardi 8 Décembre 2015 – Création à la galerie Terremer

SONY DSCDans le cadre de leur exposition, venez partager un moment de création avec les artistes ISAA (sculpture) et Matheo de Bruvisso (peinture), en direct à la galerie Terremer le 8 Décembre 2015.

Ce mardi 8 Décembre devait avoir lieu la fête des Lumières, incontournable évènement lyonnais, annulée à cause de l’état d’urgence. Il n’en est que d’autant plus nécessaire de protéger la culture, de faire sortir les artistes de leurs ateliers et de multiplier les évènements de ce genre. Soyez au rendez-vous !

Terremer la Galerie 4 rue des Pierres Plantées, 69001 Lyon

Vidéo – Vernissage à la Galerie Terremer – Lyon

Vernissage à Lyon – Exposition galerie Terremer – du 6 Novembre au 12 Décembre 2015 -
Peintures de Matheo de Bruvisso & Sculptures d’ISAA

MATHEO de BRUVISSO – PEINTURE :

« Comment pourrait-on peindre autre chose que la lumière ? La grande question de la peinture est sans doute « quelle lumière ?». Celle que je crois chercher est (…) celle du soleil en tant que bouillonnement (…). La source émettrice plutôt que l’objet reflétant. Je m’interroge, non pas sur la lumière qui tape et rebondit, mais sur ses éruptions originelles.

Je peins la force contenue dans le cœur de la Terre et ses veines, ce magma compressé sur lui-même et qui parfois surgit comme un mouvement de griffe, monstrueux ou félin, cette lumière sourde capable de fissure, de fracture, perçant dans les ténèbres par sa volonté propre. Aussi, plutôt que la lumière du jour, je veux toucher à la genèse et la lumière du premier jour.

Et la source qui me fascine le plus n’émet qu’une lumière invisible, une lumière contenue et qui nous transfigure tous sans jamais se montrer, la lumière de la joie. Dans l’antre sombre du chaos, dans les méandres obscures et mystérieux de nos peurs, de nos douleurs, elle transforme l’immonde en beauté et l’insupportable en un vorace désir d’éternité. L’intime lumière de l’Homme, la lumière qui en nous éclaire tout, non pas cette lumière qui pénètre nos yeux mais celle qui en émane. »

Matheo de Bruvisso, artiste français né le 17 mai 1979, vit et travaille à Lyon depuis 2014.

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ISAA – SCULPTURE :

« Je cherche à capter l’insaisissable, ce qui fuit et m’échappe dans la représentation.
Les émotions, le mouvement, la fragilité, l’autre…
Une quête en perpétuelle mouvance, puisque pour moi il en ressort toujours quelque chose de figé.
Dans cette recherche, la terre joue un rôle essentiel, faisant appel à mes sens tactiles, visuels, elle est un catalyseur de mémoires.
Elle aspire tout, comme un buvard, les faits et les gestes ainsi que leurs intentions, les coups qu’on lui inflige, les empreintes, les cicatrices, les caresses, les accidents qu’elle subit.
Et toute cette eau qu’elle emmagasine et qu’elle refoule, fait qu’elle se révèle alors vivante et sensible.
Ce qui me permet de travailler dans la spontanéité du geste, dans l’urgence et l’immédiateté de l’action, afin de rester authentique et vraie. »

Isaa, céramiste plasticienne depuis 15 ans, vit et travaille à côté de Vienne (38). Le corps et les portraits sont au centre de son travail. Sculpture grès et bronze.

Musique : Beethoven – Sonata No. 8 in C Minor Pathetique, Op. 13 – I. Grave – Allegro di molto e con brio – Beethoven Orchestra London
Video : Bonnie Situation Club
Images : Audrey Bornier et Thomas Desbouvrie

Vidéo – « EMERGENCES »

En 2015, j’ai essentiellement travaillé sur les « EMERGENCES », qui vont je crois dépasser l’idée de série pour devenir ma première préoccupation dans la peinture. L’origine, la naissance, le jaillissement des émotions (plus que l’expression de l’émotion elle-même) deviennent mon obsession. Avec les seuls moyens du peintre, j’ai tenté de partager ces intenses sensations qu’on peut avoir parfois, au moment ou survient la peur, quand une décharge d’adrénaline nous renforce, quand l’amour nous fait vaciller, quand la joie nous rend fous… Cela me rapproche sans doute des expressionnistes abstraits. Peut-être. Ponctuons par un « bon » onomatopéique un peu dubitatif comme les faisait si bien Deleuze.

Mais il aura fallu que j’aille fouiller plus loin, parfois avec des photos, d’autres fois avec des mots et cette fois par la vidéo :

Cette série de peintures sera exposée à partir de Jeudi prochain à la galerie Terremer. (Plus d’infos ici)

Vidéo – Jim Delarge dans son atelier

Vidéo improvisée le 8 Juillet 2015 lors de ma première rencontre avec Jim Delarge. Le crime est commis dans son atelier sans préméditation ni de sa part ni de la mienne. Naturels et productifs comme deux gamins dans un bac à sable.

Filmé et monté par mes soins en trois coups de cuillère à pot.
Musique : Matheo de Bruvisso « Vib-Ration » (Doctor Bux remix)

Si vous êtes un peu masochiste, je vous recommande les vidéos de Jim. Ça fait du bien là où ça fait mal. Et inversement.

8 Juillet 2015 – Rencontre avec Jim Delarge

En 2009, j’ai découvert par hasard la peinture de Jim Delarge. Sur son site les petites vignettes défilaient sous mes yeux, à chaque clic, une claque. Une rencontre entre abstraction et figuration : d’une manière subtile et nuancée, des jus se transforment en créatures. Tout un bestiaire prend vie dans des décors inintelligibles et qui pourtant puent de toute leur vérité. Tout semble organique, c’est végétal, c’est minéral, c’est animal mais toujours plus qu’humain. (humain trop humain ?) Et malgré l’ambiance glauque qui s’en dégage, on y trouve parfois l’humour, souvent la surprise et toujours la beauté.

Après quelques années à y jeter un œil de temps en temps, toujours subjugué malgré mon regard de plus en plus affûté et critique, je me décide à voir ces peintures en vrai. Jim me propose de le retrouver chez lui à Paris. Il m’accueille avec une franche poignée de main et un regard malicieux, et je dois dire avec plus de sympathie que je n’en espérais car à me promener virtuellement dans son univers, j’avais imaginé un type très sombre et même un peu flippant.

Déjà dans son appartement, deux formats carrés d’environ un mètre de côté se répondent sur un mur, ce sont deux formes végétales qui se ressemblent assez pour qu’on les considère comme un seul et même objet. Jim me montre d’ailleurs une sculpture qui vient compléter la série et m’explique que c’est le sujet principal du roman qu’il est en train d’écrire. Cette chose mystérieuse prend donc une place considérable dans son imaginaire. Et j’ai la chance de l’avoir sous les yeux, avec son créateur qui m’en parle. Je jubile intérieurement, en essayant de ne pas trop le montrer, sans doute par pudeur et surement par fierté.

Puis nous prenons le train jusqu’à Sèvre où est son atelier. Nous parlons de peinture, de technique, de cinéma, de Jankélévitch, de notre commune incapacité à l’oisiveté, du snobisme des français, des belges qui se moquent du snobisme des français ; je l’interroge sur son travail, il me répond en ouvrant des parenthèses qu’il ne referme pas toujours. Les mots défilent par la fenêtre.

Nous arrivons dans une petite maison où s’entassent des peintures, des sculptures et du matériel. Il y a des dessins sur les murs usés, le sol est recouvert d’une couche de matériaux multicolores et indescriptibles. Des assemblages insolites nous regardent : des crânes d’animaux affublés de bijoux et autres perruques semblent sortir de rites shamaniques. L’ambiance est pourtant agréable, je m’y sens formidablement bien, j’ai immédiatement envie de peindre moi aussi. Je lui demande si je peux prendre quelques photos, il acquiesce :

SONY DSC

Après quelques photos arrachées, il me dit un truc du genre : « tiens, si tu veux filmer, je vais te peindre un portrait, comme ça tu verras… » mais il ne finit pas sa phrase car il est déjà sur le qui-vive, en train de choisir un support et d’enfiler des gants. Je n’en perds pas une miette, en une demie heure ma carte mémoire déborde d’images et moi de joie. J’adore les zeugmes. Je ne manquerai pas de poster le film sur ce blog dans quelques semaines.

Il déballe ensuite quelques toiles dont la plupart me plait beaucoup. J’ai depuis longtemps envie de lui en acheter une mais les moyens me manquent un peu. Il finit par me montrer quelques petits formats à des prix qui correspondent plus à mon portefeuille et bien entendu je craque pour ce petit tableau de 40 x 65cm :

Jim-Delarge_Triplopie de Glacis_de_Bruvisso

« Triplopie de Glacis »

Nous rentrons finalement à Paris où j’ai rendez-vous à l’exposition du peintre Raphaël Thierry. Merci à Jim pour son accueil et son enthousiasme, j’ai hâte de poursuivre ces conversations.

Vernissage de l’exposition « Peintures » à l’Espace Culturel Paul Ricard – Lyon

Jeudi soir à Lyon, se tenait le vernissage de mon exposition personnelle « Peintures ». Décrochage à la fin du mois. Voici une vidéo destinée à tous ceux qui n’ont pas pu être présents :

Merci à tous et particulièrement à l’Espace Culturel Paul Ricard pour l’accueil, à Konik pour la musique de l’évènement et à Audrey Bornier pour la captation vidéo. Merci aussi à MATCHA pour ses photos :

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Abstract painting – In the studio with Matheo de Bruvisso

A voir sur Youtube :

Music: Rachmaninov – Prelude in C sharp minor OP.3 N°2 (edit)
Video: Bonnie Situation Club

N’hésitez pas à vous abonner à ma chaîne Youtube, d’autres vidéos viendront bientôt.

Matheo interviewed by Lily Moayeri for Insomniac (selection)

This time last year, Thomas Desbouvrie (aka Thomas Dirtyphonics) was living the dance music dream. His group, French bass masters Dirtyphonics, had a well received album—Irreverence, out on Steve Aoki’s Dim Mak label—an extensive global tour supporting said album, and the luxury of flinging expensive gear into a frenzied audience. This is in addition to marking fans’ body parts with his “I Am Dirty” stamp or walking across the hands of the clamoring crowds that attended his shows.

“I want to learn new things until I’m dead.”

At the same time, Desbouvrie was rarely seen without a camera—observing, capturing moments, and generally staying quiet during interviews while his cohorts talked over each other. Throughout it all, he was immersed in his art. From his early days as a graffiti writer (Maze) and his time at prestigious French art schools, to numerous exhibitions and design work for high-profile clients, it was always Desbouvrie’s true pursuit.

Then, in January of 2014, after 10 years of hard work in music, Desbouvrie left Dirtyphonics with a heartfelt missive on both his and the group’s social networks and took on the full-time guise of his artist alter ego, Matheo de Bruvisso. Retiring to Lyon, away from the big-city crowds of Paris, Desbouvrie now spends his time splattered in paint and buried in Photoshop, and he’s never been happier. This is the first time he has fully given his life over to art—even if the question “What is art?” is constantly hovering over his every move.

You have dramatically switched direction in your pursuits a number of times. What is the main motivation for these switches?

I was always doing art, even when I had a job. I have made the mistake of thinking creativity was enough for me to be happy, so I studied design for five years. I’ve been a graphic designer, a product designer, a sound designer—and made good money out of it. It was creative but not art. Brands were using my creativity to sell more of their product. That’s the only point for a company: making money. When you do art, making money is never the purpose. For artists, making their art is the first condition of survival.

(…)

Abstract photography is a new venture for you. What’s the concept behind it?

I love walking. I look at everything: the floor, walls, sky, people, shops, everything. What I see is shapes, colors, compositions, expressions. For years, I’ve been taking pictures, but I was never happy with the result. Recently when I was working on one of these photos, I decided to exaggerate what I saw; so I pushed the colors, saturated them to the max. The shapes and composition started to appear in a new way, easier to catch, easier for everyone to see.

At the same time, I’ve been doing abstract paintings for years, and it changed my perception during my walks. I was starting to paint with my camera. The saturation was the missing link between photography and painting. The goal is to make the photographs look like paintings. I love playing with limits; that’s why I often cut the subject and leave only a small part of it. But at the same time, I leave some elements so people can make their way back to the original image in reverse—from abstraction to figuration. (…)

Do you find yourself taking pictures of certain things more than others?

Floors, walls, homeless people, old people, illness, madness—because I feel close to them. They are my brothers of solitude. Even though I have many friends and a lovely family, I have always felt really lonely. I needed time to understand being different isn’t bad and can be my strength.

For you, what’s the distinction between your photography and your painting?

Painting allows infinite possibilities, while a photo is made from something that exists. With painting, you can show everything, even the intangible. You can paint silence. You can paint a feeling. With a photo, you can show someone crying; but with painting, you can show the sadness. By modulating colors and forms, or by giving shape to the invisible, you can paint what you can’t photograph. When you look at a blue sky by van Gogh, you can see a deep violence in a blue sky—a texture that doesn’t exist. Also with painting, you can start from scratch and imagine new laws, so you can create another universe.

(…)

What’s the story with the words on some of your paintings?
I’ve always loved writing poetry, and it was natural to write on my paintings. I saw that in Basquiat’s work, and I just did the same.

You are meshing two of your mediums together, like with abstract photography.

You are right, because sometimes two words together can be stronger than painting the meaning of those words. Writing the word “banana” is totally different than painting a banana. Basquiat has been a big influence on me. When I discovered his work for the first time, I felt a huge sensation of freedom, like, “Okay! I can do whatever I want!” Some of my paintings are still inspired by his work. When I really let myself go, it often ends with something similar to his work.

Can you not always let yourself go?

Not really. When I paint figurative things, and even when I paint abstract things, it’s hard to cut your thoughts and let your instincts speak alone. It’s like a trance. Sometimes you can’t go into it.

What helps you go into it?

Music sometimes, or painting very fast so you can’t think. When you give paint and paper to an adult, before painting he will first ask, “What do I do?” or “What should I do?” He thinks first. When you give paint and paper to a child, he just takes the paint and puts it on the paper. That’s what I try to do.

You are back to taking art classes. Why?

I hate school, but I take classical painting classes because I want to know every technique so I can win degrees of liberty, multiply the possibilities, and push boundaries. I want to learn new things until I’m dead.

You are still making music. What’s your intention with it?

I started two new projects: one electro/hard-rock and one techno. Both are duos. The intention is having fun and sharing a good time with friends. I just like doing it. I’m thinking more about making arty music—meaning experimental music free from the common meaning of “good” music, with no other intention than expressing the moment, no intention of making people dance or have any other kind of good time. I feel like the difference between art and not-art is the intention. Every common creation is made with the intention of making something evolve. Art has the intention of expressing the will to make something remain forever: a feeling, an emotion that you want to catch to make eternal, which is the exact opposite.

For example, when a designer designs, when a cook cooks, there is the will of changing the present into something else. Artists change the future by showing the present, by catching something forever. Art in the form of music will be the noisy form of an emotion, a feeling, a moment in history. A great photo will catch something that will never happen again or is at a special disposition at that moment when the picture is taken. A painting will try and show the invisible of something already existing. As Nietzsche said, “The essence of all beautiful art, all great art, is gratitude,” which means that artists are the ones who capture their love for something that is here already, while other creatives are changing what they don’t love to make it better. That would sum up my theory of art—which I think a lot of people won’t agree with.

Why do you think people would disagree?

Because it puts a big limit between what is art and what is not. It explains why I don’t consider dance music as art: because it’s essentially made by thinking about how people will react on a dancefloor. There is still a part of it that can be considered art, if we look at it like the expression of the feeling you have while producing it, but the main goal is to make people dance. Noisia, for example—when you see the way they produce music, there is evidence that first of all, they are expressing their love for certain sounds and breaks, way more than how to make people dance. They are playing their own game, not the dancefloor game. They are artists, in my opinion.

Why do you have such a need to define what art is?

I’m very interested in philosophy and contemporary art, but I’m not satisfied with the theories that I read. I love to understand things, and art is maybe one of the most difficult things to define. And I want to understand why art is so big in my life. Why do I spend all my energy on it? And I want to kill a big part of contemporary art. I want to discredit the profiteers and scam artists who are only there to get rich and famous. I have nothing against artists who get rich; I have something against rich people who pretend to be artists to make even more profit. If there are people who like what those artists are offering, it doesn’t make them better artists. It goes back to the previous theory: If the point of what you do is to be liked, then you are thinking about the reaction of others. You are not focusing on the true subject of your piece of art. Art that is made to be liked is like music that is made to make people dance. That’s cool, but that’s not art to me anymore.

Interview by Lily Moayeri

Read the full interview here.

Interview for Insomniac.com (english)

Matheo_de_Bruvisso_Insomniac_InterviewHere is my interview for Insomniac.com, by Lily Moayeri.

Talks about photography, painting, music and the definition of art.

 

 

Rutger Termolhen

Acheter une œuvre

Il y a quelques années, j’ai exposé à Paris dans le cadre de l’édition du livre « Untitled, documents of street culture« , à la galerie Issue avec d’autres artistes. Nous avons peint sur place, alors que le lieu était ouvert au public. A côté de moi, travaillaient deux néerlandais : Collin Van Der Sluijs et Rutger Termolhen. Ils peignaient ensemble et s’entendaient à merveille, mais surtout, le résultat de leur collaboration était stupéfiant. Je vous invite à chercher par vous-mêmes plus d’information sur ces deux bonshommes, d’ailleurs très sympathiques.

L’année suivante, ils exposaient ensemble une vingtaine de toiles dans cette même galerie (L’issue, rue Quincampoix), mais cette fois chacun présentait ses propres toiles. Sans vraiment savoir pourquoi, j’ai senti que j’allais acheter l’une des deux peintures qui me plaisaient. Elles me plaisaient, certes, mais à l’époque c’était pour moi une folie, financièrement parlant. Malgré tout, j’ai finalement choisi cette toile de Rutger nommée « #11″ :

RutgerTermolhenBLOG

Il y a tout un tas de raisons pour acheter une peinture. La première étant bien sur la sensation qu’on ne peut plus se passer d’une œuvre si prenante, si saisissante. Une sorte d’irrésistible désir, comme un coup de foudre amoureux. Mais il y aussi eu une volonté évidente dans le cas de cet achat précisément, celle d’encourager cet art à sortir de la masse des œuvres produites. L’acheteur participe ainsi forcément à l’histoire de l’art à sa manière, à son échelle ; comme d’autres acteurs de ce marché, il a le pouvoir de choisir et le devoir de reconnaître ce qui est bon, ce qui lui semble rendre justice à la beauté de la création. Le devoir aussi, peut-être pesant, de ne pas laisser mourir un autre Van Gogh, le devoir de lutter contre la pure logique de spéculation si néfaste à l’art de notre époque.

Un journaliste est venu m’interviewer à l’atelier il y a quelques mois. Il venait d’acheter une grande toile d’Etienne Cail, un jeune artiste lyonnais, talentueux. Il était passé devant la vitrine de la galerie et en voyant la peinture il avait pensé « impossible de laisser passer ça ». Un coup de foudre en somme. Et alors qu’il me racontait ça, j’ai senti que j’étais terriblement ému, et je crois avoir réalisé à quel point le fait d’acheter une œuvre est signifiant, important, déterminant. Peu d’artistes peuvent se permettre de peindre sans vendre, tous les autres dépendent directement de ce marché et leur production risque de ne jamais voir le jour. En constituant ma collection, je pense maintenant aussi à sauver des œuvres futures de leur inexistence.