"Sometimes, light hides more things than it shows"

Interview – Cleansheet Magazine

Impression

Propos recueillis par Benoit Perez pour Cleansheet Magazine

Comment en es-tu venu au graff ?

C’était en 1996, je voyais des garçons de ma classe qui regardaient des magazines de graffiti new-yorkais (12oz prophet me semble t-il pour être exact), et ça m’intriguait beaucoup parce que c’était à la fois artistique, underground et plutôt contestataire. Je crois que Omse m’en avait prêté un exemplaire et que j’ai commencé à m’y essayer. A l’époque on n’en voyait presque pas dans les rues, c’était très peu médiatisé et ces magazines avaient beaucoup de valeur pour moi, c’étaient de vrais trésors que j’ai d’ailleurs gardés !

J’ai peint pendant les dix ans qui ont succédés puis j’ai arrêté une fois que c’était accepté et rentré dans la culture commune. Je m’y intéresse encore mais avec beaucoup moins d’implication. J’essaye de me détacher de cette influence dans mes peintures. Matheo_de_Bruvisso_Dyptique_2004_blog

Tu as progressivement glissé vers la peinture pour t’y consacrer exclusivement aujourd’hui. Comment s’est déroulé ce processus ?

En réalité je faisais de la peinture déjà bien avant de découvrir le graffiti. Très jeune je me suis mis à la peinture à l’huile. Mon père m’avait fabriqué un chevalet, ma mère lisait des bouquins de peinture, j’ai eu la chance d’être encouragé par ma famille dès ma plus jeune enfance. Et en grandissant, en vieillissant, en découvrant le monde et en me découvrant moi-même, je me suis aperçu que c’était ce qu’il y avait de plus profondément ancré en moi, que je devais être artiste (et peintre en particulier) pour être vraiment à ma place.

On va forcément parler de Dirtyphonics, ce groupe électro dont tu fais partie des cofondateurs. Comment est née l’aventure ?

J’ai découvert la MAO au lycée, ca permettait de composer des morceaux tout seul, sans avoir besoin de faire dix ans de solfège… Ensuite j’ai été en école d’art où j’ai rencontré Gaspard Augé (Justice n’existait pas encore), qui m’a fait écouter Propellerheads, ca m’a donné envie de faire des musiques plus rapides et breakées que ce que je faisais… Puis plus tard, en 2001 j’ai rencontré Charly et Nicolas Malinowsky en école de design qui eux aussi composaient de leur coté. Ils m’ont fait découvrir la drum and bass et ça a été une révélation, la musique que j’avais toujours attendue. Tous les jours, dés qu’on avait un peu de temps on sautait sur nos machines pour tester de nouvelles idées. On a ensuite rencontré Julien, qui jouait dans un groupe de métal, NFZ, et en 2004, Dirtyphonics était né.

Dirtyphonics est devenu un véritable phénomène aujourd’hui. Vous avez participé à Coachella, donné des concerts dans plus de 45 pays… Aujourd’hui avec le recul, que représente Dirtyphonics pour toi ?

Dirtyphonics représente le coté rock n roll de ma vie. Une aventure humaine extraordinaire. L’occasion de faire plusieurs fois le tour du monde et de m’enrichir de cultures diverses. Et Dirtyphonics m’a aussi apporté la preuve de ce que m’a toujours dit mon pére : « rien ne résiste au travail » ! Matheo_de_Bruvisso_Dirtyphonics_Stage2

Ça m’a aussi appris à ne pas réfléchir, à faire confiance à l’instinct, au flow, au ressenti. Quand on joue d’un instrument, si on pense trop, ça ne fonctionne pas, il faut apprendre à être bête ! Ça me sert beaucoup dans la peinture !

Quand on regarde vos vidéos (je pense notamment à la série French do it Better), on voit une belle bande de barrés… Vous vivez vraiment comme ça, à l’image de votre musique ?

Non, en vrai c’est largement pire. On ne peut pas tout montrer dans les vidéos…mais on est complétement fous, on est vraiment dans la philosophie « work hard, party hard », on arrête jamais !

Revenons-en à la peinture. Comment caractérises-tu ton travail ? On voit beaucoup de couleurs vives, des toiles saturées et beaucoup de portraits…

Contrasté, puissant, instinctif. J’essaye de ne pas trop me répéter, c’est une posture difficile car commercialement la logique veut qu’on fasse des séries dans un style trés reconnaissable. Au contraire j’essaye de repartir de zéro aussi souvent que possible, comme un éternel débutant. C’est donc assez difficile à définir. Le lien le plus fort entre mes peintures, c’est mon intuition, ma propre vision. Pour moi l’ensemble est cohérent même en restant impossible à mettre dans une seule case.

Perso, La Fille aux Escaliers, l’une de tes dernières toiles il me semble, m’intrigue particulièrement. On voit une silhouette féminine au milieu d’une sorte de carrefour d’escaliers… Il y a un message particulier dans cette toile ?

Bien sur, même si le message n’a rien de conscient au moment où je choisis de représenter une scène, il s’en dégage toujours un sens personnel que je tente de faire ressentir universellement. Thumbnail_debruvisso_fille_escaliers Il n’y a même pas vraiment à réfléchir pour le ressentir mais si on veut analyser, il suffit de se demander ce que représentent, un escalier, une lumière dans le haut du tableau, les mots hôtel et restaurant dans le bas, une femme au milieu tournée vers la seule direction sans escaliers, etc. C’est le genre de scène qui offre beaucoup de possibilité d’interprétations, j’aime que le public puisse s’approprier une œuvre.

Raconte-nous un peu ton processus de création. Tu réfléchis beaucoup avant de commencer à peindre ou tout sort direct de ton pinceau ? Élaboration ou instinct ?

Je réfléchis beaucoup, tout le temps, sauf au moment de peindre. Je me nourris de tout ce que je vois, de tout ce que je lis ou entends. C’est devenu un mode de vie, je passe mon temps à observer, comme si une partie de moi était hors de moi à tout analyser. Je vois de l’art partout, surtout là où il n’y en a pas.

Au moment de peindre, c’est comme si tout se faisait tout seul, tout ce que j’ai emmagasiné ressort dans une sorte de synthèse. Je fais de plus en plus confiance à mon instinct et je relègue la réflexion au second plan. C’est un peu la question que je pose dans « L’Instinct et la Raison » où je confronte les deux. Matheo_de_Bruvisso_Intinct_&_Reason_blog

D’où vient ce pseudonyme « Matheo de Bruvisso » ?

C’est un anagramme de mon vrai nom « Thomas Desbouvrie ». Et ça sonne bien, on dirait un archétype de nom d’artiste, c’est caricatural, on imagine un type qui aurait un accent étranger un peu mystérieux. Je trouve ça drôle.

Dans ta biographie visible sur ton site, tu dis qu’à partir de tes 33 ans, il n’est plus question que de peinture… C’est l’âge de raison ?

C’est l’âge de la mort du Christ, j’ai dit ça pour le côté mystique mais en fait ça ne correspond à rien de concret ! Je crois que ça faisait juste bien à cet endroit dans le texte.

Tu fais aussi de la photo et de la poésie… Tu es complètement hyperactif en fait ?? Qu’est-ce tu n’as pas encore fait et que tu aimerais faire ?

Complètement oui, s’il se passe une journée où je n’ai pas appris ou créé quelque chose, j’ai l’impression d’avoir perdu mon temps et je me sens mal. La vie est beaucoup trop courte pour tout ce que je voudrais connaître. Parmi les milliers de choses que j’aimerais faire il y a surtout de la philosophie et de la physique à haut niveau. Je suis fasciné par tout ce qui aide à comprendre le monde. Je rêverais aussi de servir l’humanité, mais c’est un peu ce que font les artistes à leur manière. J’aimerais pouvoir inspirer d’autres Hommes à se dépasser et devenir meilleurs comme mes héros l’ont fait pour moi.

Parle-nous de ta prochaine expo à l’Autre Maison. Que vas-tu présenter ?

Je présente des photos pour la première fois. Et des peintures bien évidement. Ce sont 5 peintures très différentes les unes des autres. Le mieux c’est d’aller voir par vous-même, à la galerie Fabrice Diomard au 54 avenue de la Motte Piquet, dans le XVème à Paris.

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