"Sometimes, light hides more things than it shows"

Le retour de l’enfant

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« Je suis de retour ! m’assura t-il, l’exode est terminé. Brûlée par le fouet de tempêtes glaciales, ma peau s’est endurcie ; j’ai traversé le temps, montagne sans sommet dont je reviens pourtant, j’ai franchi des crevasses et gravi des falaises aux roches torturées, parcouru des sentiers tout de cendres mouillés et senti les brouillards de villes éviscérées.

Lentement, il reprit : j’ai serré dans mes mains des mains qui ne me serraient plus, j’ai vu l’éternité qui scellait des paupières, des yeux qui n’étaient plus des yeux et embrassé des bouches où baignait l’immobile et tout dernier des souffles.

Mais me voilà enfin qui marche sur les mousses, mes semelles trouées laissent passer le jour au travers de mes pieds et la terre m’éblouit. Là-haut, à la cime enfoncée au cœur froid de l’exil, un cratère s’est ouvert où j’ai jeté les ans. Vingt ans d’un coup peut-être ! J’ai laissé l’âge adulte à ce volcan sans fond, à cet antre affamé. Je suis redescendu léger, en chantant et dansant, en regardant le ciel qui changeait de couleur. Car ce que je ramène de ce sombre voyage, c’est un filtre doté d’un merveilleux pouvoir, un filtre qui permet de faire varier le ciel, de l’amplifier parfois, ou bien de le calmer. Et me voilà enfin qui marche sur les mousses. Je suis de retour ! m’assura l’enfant, alors qu’il étendait ses bras dans mes bras, ses jambes dans mes jambes et que mes yeux vieillis voyaient comme autrefois. »

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