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Sahara, poème

Sahara

Les plis des draps froissés dans l’ombre disparaissent,
Ils glissent sous ta peau, merveilleuse beauté
Dormant à l’abandon, couchée sur le côté,
Accueillant la clarté du soir qui te caresse.

La dentelle contient la peau sablée des dunes,
Ces courbes de chaleur dans la maille englobées
Comme un désert captif, voudraient se dérober
Pour s’offrir à la nuit et voir pâlir la lune.

Sur ton cou dégouline un fragment de ta coiffe,
Animale étendue aux vagues scintillantes
Jetée là par la nuit, alanguie, accueillante,
Comme un lac enflammé pour centupler ma soif.

Et moi qui te contemple accroché au silence,
La main croyant pétrir des poignées de ce sable,
Je suis un fauve en cage enchaîné et coupable
Prêt à laisser rugir un soupçon de violence.

Puis d’un geste soudain tout ton corps me disculpe,
Tu te tournes vers moi ; sous ta paupière luit
Comme un puit de pétrole enflammé dans la nuit,
Et les fruits étourdis font éclater leur pulpe.

Matheo de Bruvisso, 2017

Petite éternité – poème

Petite éternité

Souvent j’ai cru périr pour un feu de brindilles,
Cette flamme soudaine embrasant les ténèbres
Qui n’éclaire qu’un peu votre veillée funèbre
Et s’éteint aussi tôt qu’un goût sur les papilles.

Parfois les yeux malins de sombres créatures
Ont fait durer le jour pendant plusieurs hivers,
Pris, je restais au joug de la foudre sévère
Qu’ils abattaient sur moi… Oh la douce torture !

Je sais qu’un noir vautour arrive à l’horizon
Pour poser sur cet œil où tu te baignas tant,
Jeune fille aux cerceaux qui glissaient sur l’étang

Et qui vibrent encore dans l’air de la maison,
La griffe des années, glaucome ou cataracte,
Mais cet œil amoureux garde un désir intact.

Impression d’une nuit – Poème

Impression d’une nuit

Glissant depuis les nues, un voile de dentelle
Donna sa volupté à la cérémonie,
Je cherchais dans la nuit, cette sombre immortelle,
Un sol noir dissolu dans l’espace infini.

Car tout s’était noyé dans cette obscurité,
La mémoire et le temps, l’au-delà et l’ici,
Une clarté pourtant, parmi les invités,
Traversa l’indistinct, ténébreuse éclaircie.

C’était toi mon amour, élégante et légère,
Délicat incendie qui bruissait dans le vent
Captivante brûlure, douleur trop passagère
Qui dansait dans ta robe aux bords se soulevant.

Je te voyais sourire à d’invisibles anges
Dans l’air autour de toi qui se laissaient bercer,
Tournoyants de plaisir et d’une ivresse étrange
Que souvent j’ai connue en te voyant danser.

Puis le flou s’est défait, comme l’apesanteur,
Et tout est retombé sur un sol revenu
A part cette impression restée dans les hauteurs,
Où règne une beauté aux contours inconnus.

La pensée des vieux

La pensée des vieux

Au lointain distordu par des enjambées longues
Un tintement muet, carillon monotone,
Comme le bruissement de mille petits gongs,
S’élève dans la ville au-dessus des klaxons.
Les moteurs silencieux poussent des hurlements
Attendant que les feux libèrent leurs otages
Mais de tous petits vieux se pressent doucement
Pour traverser la rue ; escargots sous l’orage
Qui tirent leurs chagrins comm’ de lourdes coquilles ;
Chaque pas est un pas vers un dernier trottoir
Où ne trotteront plus que de grandes aiguilles
Et des chevaux blessés qu’on mène aux abattoirs.

Ils ont peur, ils sont tristes, ils ont mordu la vie
Mais leurs dents sont tombées inévitablement…
De leurs anciens désirs, de leurs grandes envies,
Ne reste que la fièvre et ses médicaments,
Alors devinant bien que le lointain s’approche
Ils fouillent tâtonnant leur mémoire un peu vague ;
Tenant leurs propres mains comme celles d’un proche,
Ils pleurent leur amour et font tourner leurs bagues.
Il est une heure sombre où minuit paraît tôt,
Une heure où l’avenir est tout à fait derrière
Où la nuit s’est vêtue de son dernier manteau
Qui renferme à jamais le jour et la lumière.

A cette heure en chacun le carillon résonne
Un maillet qui condamne sans dernier recours
Cette fois est immense le gong qui sonne
Et l’accusé se fond avec toute la cour !
Je sais sans être vieux à quoi pensent ces gens.
Ce qu’ils ont amassé, fortune ou pacotille,
Le royaume invisible dont ils sont régents,
Ce qu’ils ont accompli, ne sont que des broutilles :
Vers ce dernier trottoir, dans cette traversée,
Klaxonnés car trop lents au milieu du faubourg,
Ils offrent en boitant leur ultime pensée
A qui ils ont donné sans compter leur amour.

Samedi 8 Mars 2014 – Soulagement

Bon semainiversaire Léo ! Ma fille a déjà une semaine, je dois avouer que je ne travaille plus beaucoup, mes peintures avancent bien doucement… Pendant sa sieste sur mes genoux, j’en ai profité pour écrire un poème, c’est le second que je lui adresse.

Soulagement

Léo ma tête seule est plus lourde que toi
Le rêve que tu es, devant moi alité,
Pense ma douloureuse et profonde blessure.
D’un battement de cils ta paupière nettoie
Mon œil noir de colère et de réalité
Souffrant d’avoir trop vu d’humaines meurtrissures.

Fatalement je sais que tu portes le poids
De mes plus grands espoirs, de mes plus beaux désirs,
Mais je m’efforcerai d’alléger ce fardeau ;
Sous un tissu de peau, comme deux petits pois
Tes yeux encor mi-clos ne peuvent pas saisir
Ce que mon idéal pèsera sur ton dos.

Ta mère est une louve au cœur grand et solide,
Avec elle et l’amour nous forgerons tes armes
Pour que les grands dragons te cèdent le passage ;
Le cocon de nos mains sera la chrysalide
Où la petite fille aux milles et une larmes
Deviendra celle à qui j’adresse ce message.

Tu croiseras peut-être la mélancolie
Qui accable le ciel des jours mornes d’hiver
Alors tu chercheras l’été à l’horizon
Et si malgré cela tu pleures sur ton lit
Souviens-toi que le monde a de sombres travers
Mais que l’amour des tiens ne connait de saisons.

Matheo de Bruvisso

Dimanche 2 Mars 2014 – Paternité

Depuis hier, 18h12 je suis un heureux papa. Ma fille Léo est enfin là, l’émotion me submerge par vagues sublimes depuis hier. Je me noie dans un étourdissant tourbillon de bonheur et de peur. Peur de ce monde dans lequel elle arrive, peur de ce que nous en avons fait. Plus que jamais je réalise quels monstres sont parfois les Hommes quand je vois la pureté de son regard vierge de toute mesquinerie, de toute bassesse, de toute cruauté. Un regard déjà plein de vie mais dont l’histoire reste encore à écrire. Plus que jamais je ressens le devoir de protéger la beauté du monde et ma volonté de création artistique, car je veux que ses pupilles s’imprègnent de ce qu’il y a de meilleur sur cette Terre. Puisses-tu ma Léo, vivre avec des yeux plus doux que les miens, avec un regard moins dur sur les Hommes et un amour de la vie tout aussi grand.

A Léo

Tu viens de naître mon enfant
Et déjà tu me suis du regard
Sur scène des yeux braqués j’en ai vu un million
Mais les tiens m’intimident
Qui luisent ronds deux disques anthracites
Et je fonds comme un bout de plastique
Car je serai ton guide ainsi que ta maman
Ronquet et Sénéquet veilleront sur tes nuits
Et de nos mains solides nous pétrirons tes jours
Pour que le monde soit ta demeure la plus belle
Que tes chagrins ne soient que des pleurs consolés
Que tes blessures se ferment et que ton sourire tienne
Je t’écris en pleurant mon amour car je t’aime
Quelle tristesse est la mienne en un jour si superbe
Qui brille comme un astre au-dessus des années
Et que je suis heureux à genoux devant toi
Au sommet des sommets
Eclairé par tes yeux

Matheo de Bruvisso, 2 Mars 2014

Mercredi 25 Septembre 2013 – Flamme noire

Je viens de relire les trois premiers paragraphes d’un roman en cours d’écriture, pour l’instant intitulé « Flamme noire ». Les voici :

« Avant même le commencement, tout déjà était écrit. Une sorte de ligne continue qui s’élançait devant moi, peinte entre l’air et le sol, contenant toute ma vie. Et en moi, toujours ce besoin de savoir où elle menait. Vers l’horizon insondable, qui avançait comme j’avançais. Perpétuellement devant moi. Le phare de chaque être qui sans explication ne guide plus, mais happe absolument tout sans jamais se laisser atteindre.

Entre moi et cet oiseau noir qui ne se laisse attraper par personne, sur ma route, tombé du ciel comme la foudre, se dressa un genre d’inévitable écueil. La foudre, juste devant moi, la foudre qui éclaire tout et même plus loin encore, puis vous laisse dans l’obscure inconnu à la seconde suivante. Effaçant tout l’horizon qui déjà semblait imperceptible.

Éblouissante, diablement désirable, troublante dés le premier regard, bouleversante au second, d’une fraîcheur sans cesse renouvelée, brûlante, affolante de vigueur, poivrée et sucrée à la fois, électrique, magnétique, sulfureuse, radieuse et irradiante, forte et fragile, délicate, inaccessible. Je ne sais comment, ni pourquoi elle était soudainement apparue mais elle occupait désormais tout l’espace qui m’entourait et incarnait ma seule destination. Un point final tombé au beau milieu d’une phrase. Pour longtemps, un drapeau rouge flottait, planté dans ma vie comme en terrain conquis. »

A suivre…

Attaque passive

Attaque passive

Caveau contre nature où règnent le mensonge
La fraude vaniteuse et le soupçon dément,
Terrain vague embrumé de poussière et de songe
Où le souffle du vent pareil à des sirènes
Hurle vers son oreille un sanglot alarmant
Et glisse dans le cœur comme un long acouphène,

Insistant, éternel, obsédant, corrosif !
Forteresse intérieure offerte à l’ennemi,
Qui jouit d’avoir vaincu sans sortir une griffe
De ce chaos semé sans franchir de remparts !
Ô pouvoir du silence, délicate infamie !
La guerrière affaiblie, touchée de part en part,

Recule en son domaine et n’est plus que dédain,
On la croit qui vacille, prête à rendre les armes
Mais c’est là qu’elle est fière et son air anodin
Dissimule et protège la pâleur de son œil.
Et c’est pour l’attaquant cette armure aux cent charmes
Qu’il faut feindre de clore en un dernier cercueil.

Par son propre royaume elle se trouve encerclée,
On devait la défendre ? Désormais, on l’assiège !
Prise dans un cachot dont elle seule a la clé.
Elle ne peut que sortir et se rendre au bourreau,
Qui de ses bras vainqueurs lui tend un dernier piège
En rangeant pour de bon l’épée dans son fourreau.

Matheo de Bruvisso, 2012

L.A.E.M.

L.A.E.M.

Ses yeux sont grands ouverts encore
Mais sa tête git à côté de son corps ;
Un goudron noir, substance posthume,
Coule doucement de son cou sur le bitume.

Ses dents se desserrent peu à peu de son mors,
Le vent glacial souffle dans ses dernières plumes,
Et son âme pèse comme une amphore, une enclume.
L’Amour est mort.

Matheo de Bruvisso, 2009