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Bernard Stiegler – Esthetique

Sublime analyse de Bernard Stiegler sur l’évolution et le rôle de l’esthétique. Vidéo titrée « A quoi sert l’Art ? Que je remplacerais volontiers par à quoi sert l’Artiste ? » Il y soulève des questions philosophiques mais surtout profondément politiques. Je me sens influencé par ce discours en tant qu’il m’incite à renoncer aux jeux du marché. En tant qu’artiste, je dois demeurer aussi libre que possible de juger dans le champs esthétique, et de créer indépendamment de ce qu’on me donne à penser comme « beau, bon, juste ».

Mardi 22 Septembre 2015 – Définition

Une fois de plus je suis un peu fâché par l’Art Contemporain. Et j’essaye encore et toujours de restreindre ma définition de l’Art pour en exclure tout ce qui ne me parait pas digne d’en faire partie. Car à force d’élargir la définition et d’y faire entrer tout et n’importe quoi, tout devient art ce qui revient à dire que l’Art n’existe plus. J’étaye donc un peu la proposition que j’avais déjà faite : « Là où il suffit, pour comprendre, de savoir ce qu’il faut comprendre n’est pas de l’art. » (voir l’article)

Il n’y a pas d’art conceptuel là où il y a œuvre d’art. Car dans ce cas, qui dit œuvre dit formalisation du concept et donc remplacement de celui-ci par un exemple particulier. Il s’en suit que l’art purement conceptuel n’existe pas et que l’œuvre produite n’est qu’une illustration.

Toute « œuvre » qui n’existe que par l’idée qui lui est associée n’est pas de l’art.

Une œuvre d’art n’est jamais le seul produit d’un concept.

Interview for Insomniac.com (english)

Matheo_de_Bruvisso_Insomniac_InterviewHere is my interview for Insomniac.com, by Lily Moayeri.

Talks about photography, painting, music and the definition of art.

 

 

Rutger Termolhen

Acheter une œuvre

Il y a quelques années, j’ai exposé à Paris dans le cadre de l’édition du livre « Untitled, documents of street culture« , à la galerie Issue avec d’autres artistes. Nous avons peint sur place, alors que le lieu était ouvert au public. A côté de moi, travaillaient deux néerlandais : Collin Van Der Sluijs et Rutger Termolhen. Ils peignaient ensemble et s’entendaient à merveille, mais surtout, le résultat de leur collaboration était stupéfiant. Je vous invite à chercher par vous-mêmes plus d’information sur ces deux bonshommes, d’ailleurs très sympathiques.

L’année suivante, ils exposaient ensemble une vingtaine de toiles dans cette même galerie (L’issue, rue Quincampoix), mais cette fois chacun présentait ses propres toiles. Sans vraiment savoir pourquoi, j’ai senti que j’allais acheter l’une des deux peintures qui me plaisaient. Elles me plaisaient, certes, mais à l’époque c’était pour moi une folie, financièrement parlant. Malgré tout, j’ai finalement choisi cette toile de Rutger nommée « #11″ :

RutgerTermolhenBLOG

Il y a tout un tas de raisons pour acheter une peinture. La première étant bien sur la sensation qu’on ne peut plus se passer d’une œuvre si prenante, si saisissante. Une sorte d’irrésistible désir, comme un coup de foudre amoureux. Mais il y aussi eu une volonté évidente dans le cas de cet achat précisément, celle d’encourager cet art à sortir de la masse des œuvres produites. L’acheteur participe ainsi forcément à l’histoire de l’art à sa manière, à son échelle ; comme d’autres acteurs de ce marché, il a le pouvoir de choisir et le devoir de reconnaître ce qui est bon, ce qui lui semble rendre justice à la beauté de la création. Le devoir aussi, peut-être pesant, de ne pas laisser mourir un autre Van Gogh, le devoir de lutter contre la pure logique de spéculation si néfaste à l’art de notre époque.

Un journaliste est venu m’interviewer à l’atelier il y a quelques mois. Il venait d’acheter une grande toile d’Etienne Cail, un jeune artiste lyonnais, talentueux. Il était passé devant la vitrine de la galerie et en voyant la peinture il avait pensé « impossible de laisser passer ça ». Un coup de foudre en somme. Et alors qu’il me racontait ça, j’ai senti que j’étais terriblement ému, et je crois avoir réalisé à quel point le fait d’acheter une œuvre est signifiant, important, déterminant. Peu d’artistes peuvent se permettre de peindre sans vendre, tous les autres dépendent directement de ce marché et leur production risque de ne jamais voir le jour. En constituant ma collection, je pense maintenant aussi à sauver des œuvres futures de leur inexistence.

Encore un texte étrange.

Je fais ce mauvais rêve où l’Art est le fruit d’une production de masse. Une usine à échelle planétaire dont nous sommes tous les ouvriers, fabrique des montagnes de beautés singulières, sous lesquelles nous périssons étouffés. Les derniers souffles de l’Humanité, soupirs des derniers hommes, ensevelis sous l’invasion grandiose de leurs plus nobles productions, une interminable épectase ramollie, une bite qui n’en finit plus de débander, une mort avec d’innombrables chiffres après la virgule, Apothéose et sa jumelle Apocalypse qui dansent dans un tourbillon incestueux, la lumière qui éclaire toute la nuit, le cosmos et le chaos qui s’embrassent et s’embrasent pour ne former plus qu’un, la perfection atteinte, où tout se fige, et le temps et l’espace ; une seule peinture absolue, qui contient tout et se contient elle-même, une inertie totale d’où le mouvement perpétuel s’est détaché, arraché à l’espace-temps, l’insoluble continuité de l’être et du non-être, Shakespeare qui boit la cigüe de Socrate, et puis un grand n’importe quoi, … ; « rien » : ,, »magma« ;;; une sorte de nouveau big-bang, une explosion de lumière vive et de chaleur intense qui repartent très vite et tout doucement à la conquête de l’existence, jusqu’à ce que la vie produise ce genre de rêve, et qu’encore elle s’échappe des corps, puis dégringole en eux comme en un grand trou noir.

Dimanche 27 Avril 2014 – Une définition de l’art

Ce n’est qu’une définition parmi les milliers d’autres qui existent pour définir l’indéfinissable. Elle procède d’ailleurs par élimination, c’est à dire qu’au lieu de définir l’art, elle définit ce qu’il n’est pas. Ainsi, selon Kant, « là où il suffit, pour faire, de savoir ce qu’il faut faire n’est pas de l’art ». J’ajoute, cette fois du côté du spectateur et non pas de celui qui produit l’œuvre, que là où il suffit, pour comprendre, de savoir ce qu’il faut comprendre n’est pas de l’art.

Cette nouvelle définition me permet d’éliminer toute cette affreuse branche morte d’art conceptuel qu’on trouve dans l’art contemporain, cet art là qui se croit malin parce qu’il créé lui-même des problèmes dont il est seul à posséder les clés. Qu’il faille des clés pour ouvrir quelques portes, je l’accepte, mais qu’une œuvre ne soit qu’une trop imposante serrure me semble d’une suffisante grossièreté, serrures qu’on ne trouve d’ailleurs que dans ces endroits où le snobisme règne à son premier degrés. Une œuvre digne de ce nom n’est pas le produit d’un seul homme qui ne concernerait qu’une poignée d’initiés arrogants mais l’alchimique résultat d’une macération sociale qui implique toute l’humanité, tout à fait le contraire d’une serrure, ou alors une serrure dont chaque individu possèderait sa propre clé.

Je souhaite, je veux, que ma production artistique soit accessible à tous, aux enfants comme aux vieillards, aux incultes comme aux érudits, aux riches comme au pauvres, etc.

Mardi 15 Octobre 2013 – About Art

Art is playing with your own rules. So you can cheat and nobody knows.