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Astres des profondeurs – Poème, à Alexandre Jardin

Astres des profondeurs
à Alexandre Jardin

Au fond des océans les monstres de lumière
Sont la seule pléiade à sublimer la nuit ;
L’intrigante couleur d’un filament qui luit,
Le ballet ancestral de la clarté première,

Brillent pour oublier qu’ici l’abîme entière
Porte en son fin sillage un passé qui la suit,
Un souvenir hurlant qui rôde sans un bruit
Pareil au vent glacé qui chante au cimetière.

Mais de ces profondeurs où git l’atrocité
Montent des spectres fous chassant l’obscurité ;
Par leur valse légère aux couleurs boréales,

Ces êtres affolants, ces fantômes joyeux,
Font danser la surface en reflets mystérieux
Dévoilant à nos yeux leurs beautés abyssales.

Encore un texte étrange.

Je fais ce mauvais rêve où l’Art est le fruit d’une production de masse. Une usine à échelle planétaire dont nous sommes tous les ouvriers, fabrique des montagnes de beautés singulières, sous lesquelles nous périssons étouffés. Les derniers souffles de l’Humanité, soupirs des derniers hommes, ensevelis sous l’invasion grandiose de leurs plus nobles productions, une interminable épectase ramollie, une bite qui n’en finit plus de débander, une mort avec d’innombrables chiffres après la virgule, Apothéose et sa jumelle Apocalypse qui dansent dans un tourbillon incestueux, la lumière qui éclaire toute la nuit, le cosmos et le chaos qui s’embrassent et s’embrasent pour ne former plus qu’un, la perfection atteinte, où tout se fige, et le temps et l’espace ; une seule peinture absolue, qui contient tout et se contient elle-même, une inertie totale d’où le mouvement perpétuel s’est détaché, arraché à l’espace-temps, l’insoluble continuité de l’être et du non-être, Shakespeare qui boit la cigüe de Socrate, et puis un grand n’importe quoi, … ; « rien » : ,, »magma« ;;; une sorte de nouveau big-bang, une explosion de lumière vive et de chaleur intense qui repartent très vite et tout doucement à la conquête de l’existence, jusqu’à ce que la vie produise ce genre de rêve, et qu’encore elle s’échappe des corps, puis dégringole en eux comme en un grand trou noir.

Dimanche 13 Avril 2014 – Pesant dissymétrique

Ces derniers temps, une idée mûrie en moi à propos de la motivation que j’ai à lutter pour défendre mon idéal tout en sachant qu’il n’est qu’illusoire, voire tout à fait néfaste. D’un côté je ne cesse de vouloir changer le monde et le guérir de ses blessures (les miennes sans doute), tandis que d’un autre je suis persuadé qu’il est immuable et que je dois me satisfaire de ses défauts pour en apprécier les qualités. J’étais donc figé entre ces deux grandes statues, sous le joug de leurs airs menaçants, avant de comprendre que l’important est de se battre, d’affirmer sa force, bien plus que de vaincre. Une fois encore le chemin importe plus que la destination. Mais contre qui ou contre quoi se battre ? Et pourquoi se bat-on quand l’ennemi est invincible, et qu’une improbable victoire n’entrainerait qu’un chaos plus insensé encore ?

Pesant dissymétrique

Toi dont les yeux s’enflamment dans l’imaginaire
Qui te confrontes à moi avec ton air féroce
Qui tends le tisonnier doucement sur mes nerfs
Par tes pensées malsaines et tes actes atroces,
Toi qui naquis le jour ou ma mère accoucha,
Qui n’est ni vraiment moi, ni ma sœur, ni mon frère,
Mais que ma main put voir et que mon œil toucha
A travers un miroir au tain noir de mystère ;
Pour chaque ange qui nait, un démon vient au monde
Toute beauté engendre une indigne héritière
Une mesquine horreur qui raisonne et qui gronde :
Tu n’es pas mon jumeau mais mon antimatière.

Chaque être pour toujours contiendra son contraire,
A mon pire ennemi, je payerai un loyer,
Logerai dans cette âme dont je ne peux m’extraire
Pour hanter mon fantôme en son propre foyer.
Nous sommes l’un dans l’autre car un hôte est un hôte !
Ainsi vivant en lui, ordonnant son chaos,
Et lui vivant en moi, me déchirant les côtes,
Nous nous battons durement jusqu’au double K.O.
Le victorieux boxeur ne garde un gant en l’air
Que le temps d’une gloire éphémère et superbe
Sous les applaudissements, tout comme sous la terre
Pleuvent les mêmes bouquets, les mêmes fleurs en gerbe.

Ainsi rien n’a changé, ne changera, ni ne change
Les tribunaux jamais ne réparent d’injustice
Et les bourreaux non plus, ni les bons, ni les anges,
Aucune encre éternelle ne signe d’armistice !
Imperturbablement, la vie est perturbée
C’est sa définition ! Rien n’est lisse, rien n’est droit
Tout tombe infiniment dans l’espace courbé
Le nuage a l’air doux mais son regard foudroie !
Même si tout continue sans que rien ne diffère
Que tout revient et n’est que ressemblance
Même si tout Paradis est aussi un Enfer
L’essentiel est le poids qu’on met dans la balance.

L’utopie dans nos rêves, ce lointain idyllique,
Est un cap, un espoir douloureux qui m’accable
Sachant sans foi qu’il n’est qu’un pays symbolique
Sachant cent fois qu’il n’est même pas souhaitable,
Mon unique raison de marcher vers l’impasse
C’est d’imposer ma loi à ce maudit jumeau
Qui marche face à moi, me croise et me dépasse
En prenant sur l’épaule la moitié de mes maux,
Pour que la vie perdure en cette oscillation
Ce mouvement vagabond, fou d’instabilité
Dans ce désert peuplé par la désolation
Qui laisse sur son trône la place à la beauté.

Dimanche 2 Mars 2014 – Paternité

Depuis hier, 18h12 je suis un heureux papa. Ma fille Léo est enfin là, l’émotion me submerge par vagues sublimes depuis hier. Je me noie dans un étourdissant tourbillon de bonheur et de peur. Peur de ce monde dans lequel elle arrive, peur de ce que nous en avons fait. Plus que jamais je réalise quels monstres sont parfois les Hommes quand je vois la pureté de son regard vierge de toute mesquinerie, de toute bassesse, de toute cruauté. Un regard déjà plein de vie mais dont l’histoire reste encore à écrire. Plus que jamais je ressens le devoir de protéger la beauté du monde et ma volonté de création artistique, car je veux que ses pupilles s’imprègnent de ce qu’il y a de meilleur sur cette Terre. Puisses-tu ma Léo, vivre avec des yeux plus doux que les miens, avec un regard moins dur sur les Hommes et un amour de la vie tout aussi grand.

A Léo

Tu viens de naître mon enfant
Et déjà tu me suis du regard
Sur scène des yeux braqués j’en ai vu un million
Mais les tiens m’intimident
Qui luisent ronds deux disques anthracites
Et je fonds comme un bout de plastique
Car je serai ton guide ainsi que ta maman
Ronquet et Sénéquet veilleront sur tes nuits
Et de nos mains solides nous pétrirons tes jours
Pour que le monde soit ta demeure la plus belle
Que tes chagrins ne soient que des pleurs consolés
Que tes blessures se ferment et que ton sourire tienne
Je t’écris en pleurant mon amour car je t’aime
Quelle tristesse est la mienne en un jour si superbe
Qui brille comme un astre au-dessus des années
Et que je suis heureux à genoux devant toi
Au sommet des sommets
Eclairé par tes yeux

Matheo de Bruvisso, 2 Mars 2014