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Flou

Flou

Écrire en vers écrire en noir
Un angle droit qui se recourbe
Verre et rouge complémentaires
Et verre de gris et verre de blanc
Faites-moi donc taire bel entonnoir
La bouteille est tombée par terre
C’est comme du sang qui se répand
Sans avoir bu je suis tout noir
C’est pas la peine de faire semblant
Anvers est juste un autre endroit
Je suis ce grand n’importe quoi

Vieux peintre

Un jour peut-être, je serais un vieux peintre, dont personne n’aura voulu. Mais j’aurais passé ma vie à peindre, accroché solidement au désespoir des affamés, sans jamais être pauvre, non, avec la joie des fous, la foi bien moribonde de la désillusion, richesse incomparable, fragile mais violente qui malmène le cœur de sommets en crevasses, des abysses les plus sombres à des royaumes immenses, à des champs de coton inondés de clarté. J’aurais mis des couleurs en ordre sur des toiles ; ce sera tout.

L’incolore indolore

Un peintre ça s’éloigne
Du marron de la Terre
De la grisaille du ciel
Ça ne s’envole pas très haut, non
Ça rentre dans les choses
Avec une seule idée
Faire le tri sans pitié ni morale
En tirer la couleur
En faire couler l’essence
Caoutchouc hévéa
Un ours dans la ruche
Du magma dans la pierre
Ça fait un long chemin un peintre
Douloureux et pentu
Ça patauge dans le gris
Et ça brûle dans le jaune
De la Terre jusqu’au ciel
En passant par les choses
Et puis la viande surtout
Qui contraste en elle-même
Alors ça meurt un peintre
Parce qu’après le rouge
Et finalement le jaune
Le gris n’a plus sa place
Le noir à la limite
Mais après
L’incolore indolore

Lundi 30 Septembre 2013 – Braque

Exposition Braque au Grand Palais

La première salle rassemble des toiles impressionnistes, inspirées de Cézanne et peut-être Signac. A peine confronté à cette quinzaine d’œuvres, j’ai senti son immense génie me faire frissonner et j’ai réalisé que j’étais presque plus ému par ce génie lui-même que par la peinture.

La seconde salle était une rupture totale, les couleurs ayant laissé place aux formes, comme si les deux n’avaient pu coexister. Aucune émotion ne m’est venue, j’étais plutôt intrigué par la manière de déboucher sur l’idée du cubisme. Pourquoi avec un tel talent pour l’impressionnisme, avoir senti qu’il fallait aller plus loin, vers quelque chose de tout à fait différent ? Pourquoi ce besoin de découverte chez les artistes ? Sans doute parce que le but est toujours de se peindre soi-même, comme si l’on était pas influencé par d’autres… uniquement selon cette « nécessité intérieure » dont parle Kandinsky. On ne peut pas peindre le monde, on ne peut peindre que le monde à travers soi. […]

Puis ; une petite salle avec des toiles horizontales, représentant des paysages très simples, dont les cadres avaient été peints par l’artiste. Quelque chose de beaucoup plus modeste, plus pur, peut-être « sans-idée », peut-être « plus Georges que Braque ». Cette fois j’ai pleuré, beaucoup pleuré face à ces couleurs vibrantes qui semblaient incarner la résurrection de sa profondeur, plus que de ses réflexions. J’ai eu la nette impression qu’il s’était perdu pendant toutes ces années à fouiller le cubisme et qu’enfin il se retrouvait. Puis une grande toile capta mon attention. Elle me rappela instinctivement le champs aux corbeaux de Van Gogh, et c’était effectivement aussi sa toute dernière toile. Comment expliquer ce qui rassemble ces deux peintures ? J’en tremble encore en écrivant ces lignes. Quelle est cette force qui se libère devant la mort ? Cette puissance incomparable dans ces deux ultimes peintures ?

Après cette exposition, une fois de plus, je me pose la question de savoir si je dois me poser des questions.

sarcleuseIl y a également ce petit nuage qu’il aurait finalement ajouté à sa dernière peinture. Un petit nuage blanc comme point final. J’ai trouvé ce petit nuage très symbolique car il est à la fois ombre et lumière. Ombre puisse qu’un nuage cache la lumière du soleil, lumière puisse qu’il n’était qu’une tache claire sur fond obscur. S’est-il vu lui-même à sa place dans le ciel ? Et forcément je pense à ce qu’il a dit : « L’art est une blessure qui devient lumière. »

 

Mardi 10 Septembre 2013 – Hundertwasser

Exposition Hundertwasser, Musée en herbe, Paris.

C’est une exposition modeste, pensée pour les enfants, organisée par une association.
Les dessins et peintures sont très beaux et enfantins ; et bien qu’ils en soient plutôt éloignés, ils me font penser à Alechinsky.
En voyant les enfants parler des tableaux, je réalise qu’une bonne peinture parle à tous, petits et grands, néophytes et connaisseurs. La lecture change évidement mais pas la peinture, la peinture demeure à travers les époques et continue de toucher des générations très différentes les unes des autres. C’est valable pour tous les arts, que les œuvres soient très représentatives ou non de leur époque. Je crois que les grandes œuvres sont intemporelles et non ciblées.

Matheo_de_Bruvisso_Hundertwasser

Hundertwasser s’interroge sur l’architecture. Pourquoi les maisons sont-elles grises et se ressemblent-elles toutes ? Il les considère comme malades et propose de les soigner en les couvrant de couleurs et de végétation. Il imagine même des chambres réservées aux arbres et propose de mettre sur le toit la végétation qui a été retirée à l’emplacement de la maison. J’utiliserai son idée pour peindre les murs de chez moi.