All posts tagged folie

« Des flèches » – encore un poème bucolique

Des flèches

Tachycardie des algorithmes, processeurs organiques,
En sous-titre on peut lire « Le NASDAQ a ralenti sa course »
On peut voir à l’image le bruit qui s’agite à la bourse,
Fourmis au téléphone, guerrières au cœur de la panique ;

Un enfant ridicule tend les bras vers son père et bafouille,
Sur des bouliers de couilles on refait les calculs
Baisse d’attrait meurtrière pour les colliers de nouilles
Et la radio grésille d’une voix atonale que le baril recule.

Au téléphone encore fumant, trous du cul et sous fifres,
Ça sent fort le fumier, le CAC est dans la couche
Merdalor, une courbe se courbe, on déchiffre des chiffres
Le sang monte à la tête et le flingue à la bouche,

Cocaïne abrasive décalquant les billets avec son ammoniaque
Information sous speed qui défile en fond d’œil
Hypertension thermique, sueur paranoïaque,
Banques infestées de puces, vieux parasites en deuil.

Dieu n’en a pas terminé

Dieu n’en a pas terminé

Mourir et recommencer
Copier, coller, découper, déchirer
Superbe amalgame de dentifrice
Incohérence bien répartie sur brosse à dents
Juste le seulement du best of
Une quantité d’informations dépasse la phrase
Abréviation supérieurement stupide
Supercompréhension
Prière à l’église avec Mr Oizo glouton
Rafistolage de bidons scotchés bateau flotte
Ca tient la route à travers le bitume
On s’enfonce en marchant à mi-surface
Avec des trucs qui remplissent bien les bottes

Les Ogres

Les Ogres

Pour avoir enfoncé leurs longues incisives
Dans les yeux d’innocents et d’enfants terrifiés,
Ils garderont le goût de la chair putréfiée,
Le goût du sang noirci collé sous la gencive

Jusqu’à leur dernier jour. La puante charogne
Était encore hier un gentil cou gracile,
Un beau morceau d’espoir modelable et docile
Sur lequel juchait, digne, une adorable trogne.

Peut-on parler encor de trop de gourmandise
Quand les ogres dévorent leur progéniture,
Quand leur propre avenir devient leur nourriture,
Que de l’Homme ils s’empiffrent ? Comme de friandises ?

Si longues sont leurs dents que leur langue est clouée
Et qu’aucun mot ne sort quand ils ouvrent la bouche,
Sur leur propre nombril ils ont les yeux qui louchent
Et ne voient plus mourir tous ceux qu’ils ont bafoués.

« _ Aux armes mes amis ! _Qu’on leur tranche la tête !
_Que tous ces traîtres meurent ! _Ils nous ont sacrifiés ! »
Voilà ce que j’entends, à peine modifié,
Quand j’écoute hurler d’intelligibles bêtes.

Matheo_de_Bruvisso_Goya_saturne_enfant_OgreGoya – Saturne dévorant son enfant

Né à l’asile

Né à l’asile
 
Tu entends comme ça sonne, dis, tu entends ?
Né à l’asile !
On dirait une pommade,
Un grand animal, comme ça, très long,
Né à l’asile !
Ce n’est pas ce texte là que je voulais écrire
Y’avait des idées floues
Qui voguaient dans mon brouillard
Mais ce titre,
Né à l’asile,
Ça me subjugue. Et maintenant j’en ris, tiens !
 
Faut-il être fou pour écrire !
Pour laisser s’échapper la raison comme un oiseau
Et garder ce qui reste, quelques plumes et la fiente
Uniquement ce qui reste
Peut-être un œuf, qui sait ?
L’oiseau est toujours loin, on le voit sans le voir
Car une plume c’est déjà un oiseau !
Est-ce un aigle ? Un moineau ?
Bah, observez la plume !
C’est un ptérodactyle,
Nommé Néalasile

Récit d’un fou, rencontré à l’improviste.

Récit d’un fou, rencontré à l’improviste.

Je m’avance vers le miroir, et là, infailliblement, je tombe sur un type qui me regarde. Et infailliblement aussi, ce type qui me regarde, c’est moi. Ou plutôt mon stricte opposé d’un point de vue symétrique, donc en fin de compte, pas tout à fait moi. D’ailleurs, moi, je me crois libre d’agir selon mon bon vouloir, alors que lui est strictement prisonnier et déterminé par mes actions. Je fais une grimace, ce con là me la renvoie, sans autre choix, même s’il voudrait bien être un peu créatif et me répondre différemment. Seulement je ne suis pas son modèle, il ne m’imite pas, il ne me singe pas,  il fait exactement, mais exactement, la même chose que moi dans son monde symétrique ; il est le reflet exact de tout ce que je fais , de tout ce que je suis, qui m’est renvoyé avec un décalage imperceptible. Qui est-il donc ce prisonnier qui n’est pas moi ?

Je fais un pas sur le côté, de sorte que la lumière ne me renvoie plus l’image de ce drôle de type. Il disparaît derrière le mur ou dans quelque autre endroit mystérieux, alors que moi, sans aucun doute, je suis toujours là. Que va t-il faire, pendant tout ce temps qui va passer avant que je ne revienne me faire d’autres grimaces ? Et si je passais devant le miroir, en avançant plus vite que la lumière, je ne le verrais pas ce reflet mystérieux, alors que quelqu’un qui me suivrait de près le verrait peut-être. Alors je me dis que l’univers est un sacré farceur et que mes enfants verront peut-être bien mon double réapparaître un jour, ou quelque chose qui tomberait du ciel, un petit morceau d’autrefois. Peut-être alors que je ne suis qu’une réminiscence, le fantôme d’un passé impossible à situer dans le temps ? Le reflet de quelqu’un qui aurait fait tout ce que je fais mais avant moi ? Peut-être que mes actions sont tout à fait déterminées par ce qu’un autre a fait dans son monde symétriquement opposé ?

Merde alors, me dis-je, comment me savoir libre ? Alors je me pince pour voir si je rêve, je me dis que je suis bien à l’origine de ce pincement et que c’est bien moi qui en subis la douleur. Une sorte de cogito un peu plus rigolo, un « je me pince donc je suis ». Et là je réalise que ça ne prouve rien, que Descartes aurait mieux fait de ne pas penser puisse qu’il en a tiré des conclusions hâtives. Pourquoi faudrait-il qu’il y ait quelqu’un qui pense, et en quoi est-ce qu’on me prouve que c’est bien moi qui pense ? Alors je retourne devant le miroir, pour y regarder de plus près.

C’est là que tout commence à devenir vraiment étrange. Je suis devant le miroir mais le type symétrique n’est pas au rendez-vous. Tout est là, la pièce, les meubles, le mur derrière moi, mais pas « moi ». Je pousse un petit bruit, pas vraiment un cri, plutôt un « hoa ? » de stupéfaction. Je me frotte les yeux. Quelques secondes passent jusqu’à ce que j’entende, venu de nul part, un écho de mon « hoa ? », alors stupéfait, plus encore qu’avant, je refais « hoa ! » Et peu après, voilà qu’un double invisible répète : « hoa ! » Y’aurait-il donc aussi des reflets sonores ? Bin oui, me dis-je, tous les échos sont des reflets sonores, alors quand je crie et que j’entends mon cri se répéter plusieurs fois jusqu’à devenir parfaitement inaudible, y’a t-il autant d’autres mondes symétriques que d’échos ? Et ce n’est pas parce que je ne les entends plus que les échos ne perdurent pas, peut-être qu’ils s’éloignent à l’infini dans des mondes symétriques ? Mais le symétrique du symétrique, c’est un monde semblable au mien ! Alors je ne sais plus quoi penser et je m’éloigne de ce foutu miroir et son infinité de mondes parallèles.

Le lendemain, je suis dans la pièce d’à côté, en train de boire un verre d’eau et alors que j’ai la bouche pleine de flotte, j’entends ma voix qui parle derrière le mur. Je crache mon eau, je re-refais « hoa !!! », je file devant le miroir, et mon double est bien là, en train de parler tout seul, en regardant comme à travers moi. Puis finalement il passe sa main à travers la surface qui nous sépare et m’attrape le menton ! Comme vous l’imaginez, je suis éberlué à un point qu’il n’est pas possible d’imaginer, comme quoi vous aussi commencez à vivre de drôles d’expériences. Vous imaginez l’inimaginable. Bref, figurez-vous que ce type qui semble s’être libéré des chaînes qui nous reliaient me regarde fixement et qu’il me crache l’eau que je viens de boire dans la figure. Pourtant j’étais sur de l’avoir déjà recrachée. Le type se marre de sa blague et l’écho de son rire résonne dans ma salle de bain, jusqu’à sortir de ma bouche ! Je le sens dans mes poumons ce rire ! Il me chatouille et ça me fait rire d’autant plus ! Alors mon reflet et moi, on se marre, et ça ne s’arrête plus.