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Astres des profondeurs – Poème, à Alexandre Jardin

Astres des profondeurs
à Alexandre Jardin

Au fond des océans les monstres de lumière
Sont la seule pléiade à sublimer la nuit ;
L’intrigante couleur d’un filament qui luit,
Le ballet ancestral de la clarté première,

Brillent pour oublier qu’ici l’abîme entière
Porte en son fin sillage un passé qui la suit,
Un souvenir hurlant qui rôde sans un bruit
Pareil au vent glacé qui chante au cimetière.

Mais de ces profondeurs où git l’atrocité
Montent des spectres fous chassant l’obscurité ;
Par leur valse légère aux couleurs boréales,

Ces êtres affolants, ces fantômes joyeux,
Font danser la surface en reflets mystérieux
Dévoilant à nos yeux leurs beautés abyssales.

Poème Lauréat du Grand Prix Printemps 2017 de Short Edition

Emergence de la Joie

Comment pourrait-on peindre autre chose que la lumière ? La seule question de la peinture est sans doute « quelle lumière ? ». Celle que je crois chercher n’est pas celle du jour ni de l’ampoule mais bien celle du soleil en tant que bouillonnement ou celle du filament en pleine incandescence. La source émettrice plutôt que l’objet reflétant. Je m’interroge, non pas sur la lumière qui tape et rebondit, mais sur ses éruptions originelles.

Je peins la force contenue dans le cœur de la Terre et ses veines, ce magma compressé sur lui-même et qui parfois surgit comme un mouvement de griffe, monstrueux ou félin, cette lumière sourde capable de fissure, de fracture, perçant dans les ténèbres par sa volonté propre. Aussi, plutôt que la lumière du jour, je veux toucher à la genèse et la lumière du premier jour.

Et plus encore, je commence à sentir que la source qui me fascine le plus n’émet qu’une lumière invisible, une lumière contenue et qui nous transfigure tous sans jamais se montrer, la lumière de la joie. Dans l’antre sombre du chaos, dans les méandres obscures et mystérieux de nos peurs, de nos douleurs, elle transforme l’immonde en beauté et l’insupportable en un vorace désir d’éternité. L’intime lumière de l’Homme, la lumière qui en nous éclaire tout, non pas cette lumière qui pénètre nos yeux mais celle qui en émane.

Trop de lumière

Trop de lumière aveugle
Plongée dans le chaos
Où ne brille pas d’étoile

Où ne brille pas d’étoile
Plongée dans le chaos
Trop de lumière aveugle

J’aime travailler la nuit

J’aime travailler la nuit
Comme on laboure la terre
Les ongles grattant l’obscurité
Pour voir si au-dessous
Ne dort pas violemment
Un gisement de lumière

I like working at night
As one plows the ground
Nails scratching the darkness
To see what is below
There might violently sleep
A hidden field of light

L’Armée des Ombres

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Matheo_de_Bruvisso_Jean-Pierre_Melville

« L’Armée des Ombres », première et seconde versions. Pour l’anecdote, la scène d’origine se passait de jour. J’ai décidé d’y faire tomber la nuit pour augmenter l’atmosphère angoissante. J’y ai pourtant ajouté une source de lumière, symbole d’espoir dans cette rue coupe-gorge. Je vous laisse deviner ce que représente la scène dans ma vie personnelle et ressentir ce qu’elle peut évoquer dans la votre…

La première version se trouve « sous » la seconde, il y a donc la scène de jour derrière la scène de nuit. La nuit est littéralement tombée sur le jour.

Lundi 30 Septembre 2013 – Braque

Exposition Braque au Grand Palais

La première salle rassemble des toiles impressionnistes, inspirées de Cézanne et peut-être Signac. A peine confronté à cette quinzaine d’œuvres, j’ai senti son immense génie me faire frissonner et j’ai réalisé que j’étais presque plus ému par ce génie lui-même que par la peinture.

La seconde salle était une rupture totale, les couleurs ayant laissé place aux formes, comme si les deux n’avaient pu coexister. Aucune émotion ne m’est venue, j’étais plutôt intrigué par la manière de déboucher sur l’idée du cubisme. Pourquoi avec un tel talent pour l’impressionnisme, avoir senti qu’il fallait aller plus loin, vers quelque chose de tout à fait différent ? Pourquoi ce besoin de découverte chez les artistes ? Sans doute parce que le but est toujours de se peindre soi-même, comme si l’on était pas influencé par d’autres… uniquement selon cette « nécessité intérieure » dont parle Kandinsky. On ne peut pas peindre le monde, on ne peut peindre que le monde à travers soi. […]

Puis ; une petite salle avec des toiles horizontales, représentant des paysages très simples, dont les cadres avaient été peints par l’artiste. Quelque chose de beaucoup plus modeste, plus pur, peut-être « sans-idée », peut-être « plus Georges que Braque ». Cette fois j’ai pleuré, beaucoup pleuré face à ces couleurs vibrantes qui semblaient incarner la résurrection de sa profondeur, plus que de ses réflexions. J’ai eu la nette impression qu’il s’était perdu pendant toutes ces années à fouiller le cubisme et qu’enfin il se retrouvait. Puis une grande toile capta mon attention. Elle me rappela instinctivement le champs aux corbeaux de Van Gogh, et c’était effectivement aussi sa toute dernière toile. Comment expliquer ce qui rassemble ces deux peintures ? J’en tremble encore en écrivant ces lignes. Quelle est cette force qui se libère devant la mort ? Cette puissance incomparable dans ces deux ultimes peintures ?

Après cette exposition, une fois de plus, je me pose la question de savoir si je dois me poser des questions.

sarcleuseIl y a également ce petit nuage qu’il aurait finalement ajouté à sa dernière peinture. Un petit nuage blanc comme point final. J’ai trouvé ce petit nuage très symbolique car il est à la fois ombre et lumière. Ombre puisse qu’un nuage cache la lumière du soleil, lumière puisse qu’il n’était qu’une tache claire sur fond obscur. S’est-il vu lui-même à sa place dans le ciel ? Et forcément je pense à ce qu’il a dit : « L’art est une blessure qui devient lumière. »