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Vérité Nue (3) – poème

Vérité Nue (3)

On voudrait s’approcher de quelque certitude
Mais le sable jamais n’arrête de couler,
Tout ce qu’on peut bâtir finit par s’écrouler
Et les ruines trahissent cette servitude.

Je m’élance à mon tour sur des toiles de lin,
Où je peins l’autre monde, où je peins l’impossible,
Et quand j’y vois dormir le chaos impassible
Je crois voir en mon œil le regard du malin.

Pour avoir au secret arraché quelques voiles,
Mes héros sont tombés comme Icare avant eux,
Ils se sont approchés beaucoup trop près des feux
Qui masquaient l’insensé dans leurs capes d’étoiles.

Par un coup de rasoir l’un se tranche l’oreille,
L’autre mouillé de pleurs tombe au cou d’un cheval,
Dans sa course à la vie l’Homme n’a qu’un rival
C’est le coin de son crâne où le néant sommeille.

Soupe de nouilles

Soupe de nouilles

Tirés d’un néant où tout est là et flotte
Sans lien de parenté, sans demain, sans hier,
Bouillon alphabétique aux nerfs en pelotes,
Soupe de particules très particulières,

Les mots s’unissent pleins de fatalité ;
Une gravitation sans masse les prend,
Une inertie folle, pleine de volonté
Assemble les bouts et tout devient plus grand ;

Inévitablement les lettres s’attirent
Formant des phrases les unes vers les autres.
Dans un bain de laideur, sans pouvoir partir,

L’homme est là, nageant sur le dos, qui se vautre
En se disant poussé par l’inspiration
Enfilant des étoiles… aux constellations.

Lundi 10 Février 2014 – Rien

Aujourd’hui, rien.
Il y a des jours où rien ne vient, même pas l’envie.
Je ne pense qu’à ce poème de Baudelaire qui décrit si bien cette journée :

Spleen

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l’Espérance, comme une chauve-souris,
S’en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D’une vaste prison imite les barreaux,
Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

_

Alors j’ai hâte d’être demain et que quelque chose ait changé. Comme par mystère, curieusement dans la nuit. Une visite peut-être ou au contraire un exorcisme. Le poids va se dissiper, sans explication, ne répondant à aucune loi physique établie. Aujourd’hui tout n’est que gravité, mes pas sont lourds quand je voudrais danser, empli d’une invisible légèreté.

A demain, donc.
Peut-être.