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AMOR FATI, poème

AMOR FATI

Le sceptique s’enchaîne à trop de probité !
L’érudit malheureux du savoir est esclave !
Que le rêve est léger, que la science est grave !
Que le mensonge est beau face à la vérité !

Si le rêveur fait voile en vaisseau de beauté,
Le savant s’en délecte en fouillant son épave ;
Entre eux deux le poète est debout sur l’étrave
Qui montre à l’horizon d’un doigt la liberté.

Il faut les refermer quand les livres sont lus
Et ne pas s’inquiéter de ce qu’on ne sait plus ;
La sagesse a le goût de candeur enfantine !

La lumière est en ceux que les nuages baignent
Qui ne s’inquiètent pas de ce que les cœurs saignent,
Ils ont AMOR FATI gravé sur la poitrine.

Vérité Nue (3) – poème

Vérité Nue (3)

On voudrait s’approcher de quelque certitude
Mais le sable jamais n’arrête de couler,
Tout ce qu’on peut bâtir finit par s’écrouler
Et les ruines trahissent cette servitude.

Je m’élance à mon tour sur des toiles de lin,
Où je peins l’autre monde, où je peins l’impossible,
Et quand j’y vois dormir le chaos impassible
Je crois voir en mon œil le regard du malin.

Pour avoir au secret arraché quelques voiles,
Mes héros sont tombés comme Icare avant eux,
Ils se sont approchés beaucoup trop près des feux
Qui masquaient l’insensé dans leurs capes d’étoiles.

Par un coup de rasoir l’un se tranche l’oreille,
L’autre mouillé de pleurs tombe au cou d’un cheval,
Dans sa course à la vie l’Homme n’a qu’un rival
C’est le coin de son crâne où le néant sommeille.

Mercredi 09 Avril 2014 – Homo-nihilo-sapiens

Aujourd’hui j’ai trouvé ce titre pour me définir : « homo-nihilo-sapiens ». L’homme conscient du néant, pourrait-on traduire. C’est en fait une fois de plus à Nietzsche que je dois l’idée. L’homo-nihilo-sapiens, c’est celui qui a pleinement conscience du non-sens de l’existence mais qui ne s’y résout pas pour autant, c’est à dire celui qui veut bâtir sur les ruines du nihilisme.

Je crois que nous sommes précisément dans cette période de transition. Nous avons poussé l’absurdité si loin que nous sommes confrontés à notre propre nullité, notre propre absence de substance. Nous ne sommes plus que des enveloppes vidées de leur contenu, des fantômes de l’apparence en marche vers une illusion de progrès, vers un macro-capitalisme arriéré.
Les jeunes générations n’y croient même plus d’ailleurs et les voilà privées de libido, du désir de vivre. Plus rien ne compte, plus rien n’a de sens, et plus rien n’a vraiment d’intérêt. Vers quoi peuvent-ils se tourner, ces enfants transparents, ces tristes et jolis petits spectres ?

Matheo_de_Bruvisso_Nietsche_Munch

Nietzsche par Edvard Munch

Interview pour Mode Opératoire – 2009

Extraits

ModeOperatoire

Interview pour Mode Opératoire – 2009
propos recueillis par Laure Namur

Pour contrecarrer quelques idées reçues, Maze a.k.a Thomas Desbouvrie, accepte de mettre le fun à l’épreuve de la réflexion. Artiste complet (membre du groupe de Drum and Bass Dirtyphonics, peintre, ex graffeur et directeur artistique), c’est avec philosophie qu’il répond à nos questions concernant ses peintures où le graff s’invite souvent. Démarche instinctive, stimulation cérébrale… Rencontre avec un artiste qui carbure aux deux.

 

Comment en es-tu venu au graff ?

C’était vers 1995, des potes mataient des fanzines américains de graffitis pendant les cours. Je n’y comprenais pas grand chose mais je n’avais jamais vu de visuels aussi puissants en formes et en couleurs, ça m’a immédiatement attiré. De nature curieuse, je m’y suis intéressé de plus près et faisant déjà de la peinture, je m’y suis mis tout naturellement.

La peinture pour toi c’est une forme aboutie du graffiti ou juste une autre discipline ?

Pour moi ça n’a rien à voir. J’ai toujours fait de la peinture et le graffiti est venu comme une autre activité parallèle pendant une dizaine d’années. Je n’ai jamais considéré mes graffitis comme des œuvres d’art et rares sont les graffeurs qui ont une réelle ambition artistique. La plupart du temps c’est juste pour le plaisir ou pour l’adrénaline. Le fait qu’on retrouve des éléments du graffiti dans mes peintures est juste du à une influence culturelle. Je n’ai jamais vraiment eu la volonté de faire des graffitis sur toile…


En quoi Nietzsche ou Kant ont influencé ta vision de la vie et donc de l’art ?

La philosophie en général change la vision de la vie. Nietzsche et Kant sont deux philosophes très différents et qui s’opposent même sur de nombreux points mais tous les deux m’ont aidé à comprendre que l’art apporte du sens à la vie. Par l’art on peut transformer n’importe quelle chose banale du quotidien pour la sublimer et la rendre exceptionnelle. En faisant de chaque instant un moment de création artistique, on peut modeler sa vie et l’apprécier tout autrement. Vivre aussi intensément que possible, voilà ce qui compte vraiment pour moi.

La réflexion, l’introspection ont l’air d’être des ingrédients de ton quotidien. Pour peindre tu marches à l’instinct ou à l’élaboration ?

C’est un peu malgré moi mais effectivement je passe mon temps à me poser des questions, j’ai beaucoup de mal à avoir l’esprit au calme. La création est un moment d’activité tout aussi intense mais où je ne réfléchis plus. Ca vient tout seul, il n’est plus question de rationalité, tout devient évident par de simples ressentis. Au quotidien, j’accumule des idées, des réflexions, je me nourris d’absolument tout et au moment de peindre, tout ressort sans même que je le décide vraiment. Je suis dans une sorte de transe où l’intuition et l’instinct sont mes seuls guides. Je ne prépare jamais de croquis ni d’esquisse, j’ai horreur de ça !

Les mots sont primordiaux dans ton travail. Est-ce que ce sont les mots qui dictent la toile ou la toile qui dicte les mots ?

Les mots font partie des choses que me dicte mon instinct, je les ressens comme des couleurs ou des formes et souvent ils n’ont pas d’autre sens que leur présence sur la toile. C’est à dire qu’il n’y a parfois rien à comprendre. D’autres fois ce sont des aphorismes, des réflexions que j’ai eues et qui reviennent à la surface. Ca peut aussi être une idée qui me vient sur le moment, une phrase poétique ou qui m’amuse.

« Et si l’existence n’a aucun sens, il faut bien que les hommes fassent autre chose que mourir. » A part l’art, quelles sont les autres choses qui donnent un sens à la vie ?

Je ne pense pas qu’on vive par raison mais plutôt par instinct. Puisque nous vivons et que cette vie est éphémère, puisqu’elle n’a aucun sens a priori, alors il faut oublier la question du sens et vivre pour vivre. C’est à dire faire en sorte de ressentir la vie plutôt que de la laisser filer jusqu’à sa fin.

Le graff correspond à une tendance de plus en plus importante (expo au Grand Palais, particuliers qui font peindre les murs de leurs lofts…). Qu’est ce que tu penses de cet embourgeoisement d’une culture urbaine ?

Ça ne m’a jamais gêné que les cultures underground remontent aux yeux du grand public. J’ai horreur du purisme ! Évidement, ça n’a plus rien à voir avec le graffiti tel qu’il était à sa naissance. Mais est-ce que ça ne serait pas bien pire d’imaginer une chose qui soit toujours la même ? D’ailleurs on parle d’un « mouvement » hip hop… Un mouvement qui stagne c’est un peu louche ! Pas de vie sans évolution !