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Délitement d’innocence – Poème

Délitement d’innocence
 
Courbés en angles droits les dos
Sont des fardeaux tordus, fragiles,
Figés tels que sont des fossiles,
Cagneux comme étaient les dodos ;
 
Ce sont des carniers biscornus
Hantés par des oiseaux de chasse
Dont le maigre bâton dépasse
Ainsi que leurs deux membres nus.
 
Ces vieux, qu’ils me semblaient bizarres !
Enfant, à travers leurs escarres
Je ne voyais que mes bobos,
 
Au grand midi je doute encore,
Penché dessus les lavabos,
Du moi que le miroir ignore.

Hyperactivité, poème

Hyperactivité

Mon bleu multicolore a la cuisse rigide
Car dans l’empressement, sur son polyamide,
J’ai nettoyé ma paume et mes longs instruments.
D’un chaos de couleurs ma main s’est recouverte
Et ma peau sur mon sang par endroits semble ouverte
Comme une crasse épaisse aux mille craquements.

Je laisse mes pinceaux sur le bord de l’évier,
Puis je pose mes doigts sur le dos du clavier
Qui s’en trouve assez vite entaché de peinture ;
Car entre deux assauts sur la toile de lin
Je délaisse le four et me presse au moulin
Glissant quelques couleurs dans ma littérature.

Et si l’encre a séchée mais pas mon acrylique
Il me reste du temps pour un peu de musique,
Dont le rythme s’étend jusqu’à mes prochains vers.
Je me bats comme un tigre à l’encontre du temps
Qui griffe les années de printemps en printemps,
Et ne souffre jamais du grand froid des hivers.

Je suis de ces déments que l’insatiable envie
De morde à crocs pointus dans le cou de la vie
Pousse à l’épuisement. Et j’ai peut-être tort,
Car je fonds vainement dans ma propre existence
En ne vous contemplant que par intermittence
Vous autre qui n’avez pas si peur de la mort !

L’Affaire Makropoulos – Warlikowski

Un croûton dans la soupe
Croustillant ramolli
Comme ces vieilles rancœurs
Qui n’ont plus aucun goût
Piment asexué
A la fois rouge et vert
Le temps avalé par le temps
Jusqu’au jour où d’un coup
Tout paraît insipide
La mort en perd sa faux
Et la peur son visage

Voilà un poème que je viens d’écrire et qui me fait penser à un Opéra que j’ai vu/entendu à Paris il y a quelques années : L’Affaire Makropoulos de Warlikowski. Je me souviens surtout de la mise en scène incroyable (et très réussie) et d’un extrait des paroles que voici :

On se lasse d’être bon
On se lasse d’être mauvais
On se lasse de la Terre
On se lasse même du ciel

J’espère ne pas avoir déformé le texte. C’est d’une beauté et d’une profondeur qui me touche à chaque fois que j’y repense.

« Time »